Press Release
Pour la beauté du reste : brève histoire des restes alimentaires en France (du XVIIe siècle au XXIe siècle)

Pour la beauté du reste : brève histoire des restes alimentaires en France (du XVIIe siècle au XXIe siècle)
PAR AITOR ALFONSO
quand le reste devient-il un déchet ?
Relief de table, bribes, reliquats, rogatons… Les synonymes ne manquent pas dans la langue française pour parler des restes alimentaires, ces nourritures non consommées lors un repas. Pourtant, la notion de gaspillage alimentaire, telle que nous le concevons aujourd’hui, est récente. Il faut attendre l’avènement de l’industrie agro-alimentaire et son hygiénisme réglementaire après la seconde guerre mondiale pour que les restes soient considérés comme du surplus, des invendus périmés, des déchets à jeter au rebut.
Pendant une grande partie de l’histoire, le rogaton non consommé n’est pas un détritus mais une ressource que l’on valorise. Selon les cas, il est encore considéré comme un vivre, une marchandise, une aumône religieuse ou une matière première. Ces denrées de « deuxième bouche », suivant l’expression de l’historien Jean-Paul Aron, jouent un rôle capital dans l’alimentation de toutes les couches de la société. Dans une France où la nourriture est chère et parfois rare, dans un pays encore soumis aux disettes et aux famines (pensons à celle de 1709), ce que les uns ne mangent plus peut encore alimenter cles autres. Les rogatons des élites descendent les étages de la société pour nourrir, en bout de chaîne, les plus modestes, les animaux de compagnie ou les cheminées lorsque les restes sont allés au bout de leur comestibilité.
Raconter la petite histoire de l’antigaspi en France, c’est observer l’évolution de la valeur des restes alimentaires. Longtemps trop précieux pour être jetés, ils se dévalorisent progressivement avec l’avènement de la société d’abondance au XXe siècle, avant que les préoccupations sociales et écologiques ne cherchent aujourd’hui à leur redonner de la valeur. Il semble que les rogatons aient de beaux restes dans la société française du XXIe siècle.
Du Grand Couvert de Louis XIV aux applications antigaspi comme Too Good To Go, une même question traverse cinq siècles : à quel moment un aliment cesse-t-il d’être vu comme une nourriture pour devenir un déchet. Et vice versa ?
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